Une commission d’enquête émanant de la société civile va être mise en place pour faire la lumière sur les circonstances de la mort de Rémi Fraisse. Sa constitution a été annoncée, vendredi, par le président de la Ligue des droits de l’homme, Pierre Tartakowsky, en présence d’Arié Alimi, l’avocat de la famille et de plusieurs représentants d’associations et de syndicats défendant la mémoire du jeune homme. Ensemble, ils souhaitent «récolter des témoignages», pour mener une enquête «plus citoyenne, moins normée et spécialisée» que celle de la justice. Son objectif est de «travailler vite et bien» pour «créer un débat dans la société» en forme de «complément civique au travail de la justice».
La mort de Rémi Fraisse est devenue le catalyseur d’une situation dénoncée par ces associations depuis plusieurs années. En toile de fond à cette tragédie, c’est la «violence policière» qui selon Pierre Tartakowsky cristallise le débat. Me Alimi, lui, rappelle cette évidence : «Ce qui a conduit au drame, c’est l’usage d’une arme.» Le vrai problème, «ce sont les modalités d’utilisation des outils du maintien de l’ordre», souligne l’avocat. Benoît Hartmann, le porte-parole de France Nature Environnement (FNE), estime qu’à Sivens «nous avons dépassé les bornes de l’acceptable». Dans la salle Alfred-Dreyfus du siège de la Ligue des droits de l’homme, les mots du père de Rémi Fraisse, prononcés lors de l’enterrement de son fils, et rappelés par Me Alimi, n’en résonnent qu’avec plus de force : «J’ai fait un rêve, Rémi, plus jamais la France ne se mutilera avec des grenades offensives. Que ta mémoire, Rémi, soit le gardien de l’interdiction des armes.» Manifestement, le débat n’a pas encore gagné toute la société : en 1986, après la mort de Malik Oussekine sous les coups des policiers, près de 600 000 personnes avaient battu le pavé. Et aujourd’hui ? Pas grand-chose si ce n’est quelques manifestations lycéennes. La lutte contre l’usage des flash-balls, Taser et autres grenades offensives n’est pas le seul cheval de bataille de ces associations. Elles pointent aussi le maintien de projets comme le barrage de Sivens malgré l’opposition citoyenne. D’après Benoît Hartmann, il y aurait 160 sites en France, où «des procédures vidées de leur sens» pourraient conduire à de futures occupations.
Source : Libération