L’audition du lanceur de la grenade offensive est saluée par l’avocat de la famille de Rémi Fraisse.
Le gendarme qui a lancé la grenade offensive responsable de la mort de Rémi Fraisse, 21 ans, lors d’un rassemblement contre le barrage de Sivens (Tarn), a été placé en garde à vue mercredi. L’homme a été interrogé au Bureau des enquêtes judiciaires, à Malakoff (Hauts-de-Seine), qui dépend de l’Inspection générale de la gendarmerie (IGGN), a révélé le Parisien. La garde à vue de ce maréchal des logis-chef de 32 ans se déroule dans le cadre de l’information judiciaire ouverte le 29 octobre par le parquet de Toulouse pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner».
La décision, prise par les deux juges d’instruction saisies de l’affaire, est saluée par Arié Alimi, l’avocat de la famille de Rémi Fraisse : ce nouveau développement «met à mal le rapport de l’IGGN», qui affirmait «formellement qu’aucune faute n’avait été commise» par les forces de l’ordre la nuit du drame, du 25 au 26 octobre.
Ce document publié le 3 décembre dédouanait largement les gendarmes. «Le cadre juridique d’emploi de la force et d’usage des armes pendant les affrontements […] est conforme aux prescriptions légales et réglementaires», affirmait-il. Aucune «faute professionnelle» n’aurait été commise par les forces de l’ordre, qui auraient agi «avec professionnalisme et retenue», prétendait le rapport . Me Alimi reste cependant prudent sur les suites de l’enquête ouverte contre X. Il s’interroge sur le «choix du moment» pour ce placement en garde à vue. «On assiste à l’union nationale après les événements terroristes de la semaine passée. L’action exemplaire des forces de l’ordre est saluée», développe-t-il.
Un contexte favorable qui s’ajoute à d’autres éléments. Selon l’avocat, plusieurs témoins, proches de Rémi Fraisse pendant les affrontements, ont été victimes de «menaces et de tentatives d’intimidation» lors de leurs auditions par les gendarmes. «On tentait d’obtenir une réponse orientée de leur part, on leur faisait reformuler, pour leur faire dire des choses qu’ils n’ont pas vues ou ressenties.» Or, affirme-t-il, dans ce dossier «très technique», les choses peuvent «se jouer à un centimètre près : un positionnement, la façon dont la grenade a été lancée».
Plus largement, il déplore que l’enquête soit conduite par la gendarmerie, ainsi que le prévoit le code de procédure pénale. «C’est un problème légal structurel», dit-il.
Source : Libération
